Um der Ehre willen – textes en français

« Um der Ehre willen » (Pour l’honneur) – Le voyage de la noblesse au Moyen Âge, de Thoune à Jérusalem. Un chemin en vingt étapes à travers la salle des chevaliers du château de Thoune. Qui partait de Berne pour Jérusalem revenait chevalier du Saint-Sépulcre ; ce chemin raconte en cinq chapitres pourquoi l’élite du lac de Thoune se mettait en route – et où allaient en pèlerinage les gens d’ici qui n’iraient jamais si loin.

Voici les textes des vingt panneaux de la salle des chevaliers, dans l’ordre du parcours. Originaux en allemand sur les panneaux ; images et références complètes sur place.

1 · Journée des châteaux suisses · 4 octobre 2026 · Thème : le voyage

Une fois par an, les châteaux de Suisse ouvrent leurs portes le même jour. En 2026 sur le thème du voyage, dans 32 maisons du pays.

Au château de Thoune, cela veut dire quatre choses : deux conférences d’Anthony Bale, professeur à Cambridge, sur le voyage au Moyen Âge – suivies d’une séance de dédicace. Ce chemin en vingt étapes à travers la salle. Et un chemin que nous parcourons à pied avec « Geschichte erwandern », de Thoune à Einigen par Scherzligen.

I · En route au Moyen Âge

2 · Voyageait-on vraiment ? · En bref : oui. Plus qu’on ne croit.

Les routes étaient mauvaises, les dangers réels – et pourtant le Moyen Âge était étonnamment mobile. Sur les chemins : marchands, ambassadeurs, mercenaires, étudiants, compagnons artisans. Et pèlerins.

Les grandes destinations s’appelaient Rome, Saint-Jacques-de-Compostelle et Jérusalem. Plus près : Einsiedeln et les sanctuaires du lac de Thoune.

Un chiffre dit l’ampleur : lors de la Dédicace angélique de 1466, Einsiedeln a vendu 130 000 enseignes de pèlerinage.

3 · Pèlerinage ou croisade ? · Deux chemins, un seul mot

« Croisade » est un mot moderne. Qui partait pour Jérusalem au XIIe siècle parlait d’une « peregrinatio » – d’un pèlerinage, qu’il porte une épée ou non. Vers 1200 seulement, le droit canon fit la distinction : celui qui prenait la croix recevait l’indulgence, la protection de sa maison et des siens, un sursis pour ses dettes – et partait en armes. Le pèlerin ordinaire voyageait sans armes, seul ou à quelques-uns. Et personne ne différait ses dettes.

4 · Ce que le pèlerinage a rapporté · Et ce qu’il n’a pas rapporté

Qui rentrait rapportait quelque chose. Rarement ce qu’on imagine.

Le sucre, les agrumes et les chiffres avec lesquels nous comptons sont venus par l’Espagne mauresque et la Sicile – bien avant les croisades. Ce que ces voyages ont vraiment apporté, ce sont des routes, des comptoirs, des matières premières : dès 1380, on tissait à Bâle de la futaine en coton du Levant, acheminé par Venise.

Et des souvenirs. Par millions.

II · La croix et le bourdon

5 · Les Zähringen prirent la croix · L’un d’eux

Le 27 mars 1188, Rodolphe de Zähringen, évêque de Liège, prit la croix à Mayence. Il partit pour la Terre sainte avec l’empereur Frédéric Barberousse, se trouvait devant Saint-Jean-d’Acre à l’automne 1190 et mourut le 5 août 1191 sur le chemin du retour, à Herdern en Brisgau.

Son neveu Berthold V a fait bâtir la salle où vous vous tenez. Qu’il soit lui aussi parti en croisade, une seule chronique anglaise l’affirme. La recherche ne la croit pas.

6 · Un croisé hérite de Thoune · Les Kybourg

En 1189, Ulrich III de Kybourg partit pour la Terre sainte avec la troisième croisade. Vingt-neuf ans plus tard, en 1218, le même homme héritait de ce château à l’extinction des Zähringen – sa femme Anna était une sœur de Berthold V.

Son fils Werner s’embarqua en 1228 avec l’empereur Frédéric II et mourut la même année à Saint-Jean-d’Acre.

Deux générations durant, Thoune appartint à des hommes qui avaient vu la Terre sainte.

III · Le grand voyage

7 · Pourquoi ces messieurs partaient

Pas par curiosité. Qui partait de Berne pour Jérusalem revenait chevalier du Saint-Sépulcre – et c’était bien là le but. L’adoubement prouvait deux choses : qu’on avait les moyens d’un voyage de plusieurs mois, et qu’on appartenait au cercle le plus étroit de la ville.

L’historien Urs Martin Zahnd nomme sobrement le but de ces voyages : l’acquisition de l’honneur.

Pieux, ils l’étaient aussi. Mais pas seulement.

8 · Un château contre un voyage · Adrian von Bubenberg, seigneur de Spiez

En 1465, Adrian von Bubenberg vendit la seigneurie de Wartenfels à la ville de Soleure. Le motif figure dans les sources : se procurer les fonds nécessaires.

Un an plus tard, il était à Jérusalem et rentrait chevalier du Saint-Sépulcre. Depuis, les actes le nomment « chevalier ». Le voyage coûta quelque 360 florins.

En 1480, son fils du même nom fit le même trajet.

9 · Vingt-cinq ans sur les routes · Konrad von Scharnachtal, vers 1410–1472

Sa famille tenait Oberhofen et le Kiental, lui-même avait une maison à Thoune. Élevé à la cour de Savoie – et absent, ensuite, un quart de siècle.

Paris et le siège de Montereau. Rhodes, aux côtés des Hospitaliers. La Terre sainte. Navarre, Castille, Grenade, Séville. Saint-Jacques-de-Compostelle et le Finisterre. Angleterre, Écosse, Irlande. La cour de Philippe le Bon. Rome.

En 1450, il rentra. Il mourut en 1472 sans descendance.

10 · Des actes, pas un journal

Konrad von Scharnachtal n’a pas écrit de récit de voyage. Il a réuni des preuves.

À Sainte-Marie du Finisterre, il se fit attester sa venue en 1447. À Stirling, en Écosse, en 1448, par-devant notaire. Puis Erfurt, Wilsnack, Mersebourg, Francfort-sur-l’Oder. En 1449, le duc Louis de Savoie réunit le tout en un seul document.

Ce qu’il cherchait y est écrit : « er begert kein ander erwerbung, denn allein ueberkomnus der eren » [il ne cherche d’autre gain que celui de l’honneur].

11 · Jérusalem ou le Sinaï · Une question de rang

Y être allé ne suffisait pas. Ce qui comptait, c’était où. L’adoubement au Sinaï valait plus que celui du Saint-Sépulcre.

En 1466, Adrian von Bubenberg partit pour Jérusalem et revint chevalier du Saint-Sépulcre. Un an plus tard, son adversaire politique Niklaus von Diesbach s’embarquait – et allait chercher le Sinaï en plus.

On voyageait aussi les uns contre les autres.

12 · Un pèlerinage comme prétexte

En avril 1467, Berne envoya une ambassade à la cour de Savoie : Adrian von Bubenberg, Niklaus von Scharnachtal et Niklaus von Diesbach. Le dernier poussa de là jusqu’en Terre sainte.

L’envoyé milanais Panigarola rapporta à Milan :

« Son intention, qu’il cache sous le prétexte d’un pèlerinage à Jérusalem, nous est inconnue. Mais il est en pourparlers avec Venise. »

13 · L’homme chargé de tout consigner · Hans von der Gruben

En 1440, Ludwig von Diesbach emmena son employé Hans von der Gruben – spécialiste des joyaux et des métaux précieux, chargé de consigner le voyage de son maître.

Sur la seconde partie du trajet, il fit simple : il recopia des compagnons de route, un Nurembergeois et un Bâlois.

Le récit ne devait pas raconter le voyage. Il devait attester le rang de son maître.

14 · Des armoiries sur des murs lointains

Qui arrivait laissait un signe. Les pèlerins bernois faisaient poser leurs écus armoriés dans les lieux saints – visibles pour tous ceux qui viendraient après eux.

En 1520, le chanoine bernois Heinrich Wölfli vit en Crète, dans l’église Saint-Marc de Candie, les armes des Bubenberg. Un demi-siècle après leur voyage.

En 2022, l’Autorité israélienne des antiquités a trouvé au tombeau de David, à Jérusalem, un graffiti Bubenberg tracé au charbon.

15 · Ceux qui partaient sans être nommés

Ces voyages étaient un privilège. Qui n’appartenait pas à l’élite suivait tout au plus comme accompagnant – tel Benedikt Erk, chapelain d’Adrian von Bubenberg.

Ce que coûtait une telle expédition, l’un d’eux l’a noté : le chanoine bernois Heinrich Wölfli dépensa en 1520 quelque 400 livres, puis écrivit que le Bon Dieu aurait préféré le voir donner cet argent aux pauvres de chez lui.

IV · Le pèlerinage d’ici

16 · Tous n’allaient pas à Jérusalem

Pour l’immense majorité des gens, Jérusalem était aussi lointaine que la lune. On allait en pèlerinage quand même – mais plus près. Une demi-journée à pied, un vœu en tête, une poule ou un agneau en offrande.

La Chronique de Strättligen les nomme : Dietrich de Hilterfingen. Cecilia de Merligen. Gerdrut de Frutigen. Görg an der Egg d’Allmendingen.

Des gens d’ici.

17 · Un livre plein de miracles · La Chronique de Strättligen, vers 1465

Elogius Kiburger, curé d’Einigen, a mis par écrit l’histoire de son église – en inventant largement : une fondation en 315, une consécration par l’archange Michel, une lignée royale qui n’a jamais existé.

Mais entre deux figurent des guérisons, et même des résurrections. Et les guéris ont un nom et un domicile.

Ce n’est pas une preuve. Mais c’est le regard d’un curé sur les gens qui venaient à lui.

18 · Les lieux saints du lac de Thoune

Einigen, où l’on gagnait une indulgence plénière à la Saint-Michel. Scherzligen, sanctuaire marial jusqu’à la Réforme. Reutigen et Faulensee. Et surtout la grotte de saint Béat, fréquentée dès le XIIIe siècle, à son apogée au XVe.

En 1528, Berne fit démolir la chapelle de la grotte et murer l’entrée. Des pèlerins d’Unterwald la rouvrirent. Murée, rouverte, murée de nouveau.

Les chemins sont restés.

V · Jérusalem au bord du lac de Thoune

19 · Jérusalem au bord du lac de Thoune · L’église de Scherzligen, à dix minutes à pied d’ici

En 1469, « Peter Maler von Bern » a couvert tout un mur d’église de Jérusalem : le mont Sion, la piscine de Siloé, la vallée du Cédron et le tombeau d’Absalon, le Saint-Sépulcre, le mont des Oliviers. Bien des choses sont là où elles sont vraiment – vues de l’ouest, d’où venaient les pèlerins.

Qui ne pouvait pas partir en Terre sainte entreprenait ici un voyage en esprit.

Donateur probable : Adrian von Bubenberg. Cela ne se prouve pas.

Le mur est toujours là.

Sources : Urs Martin Zahnd, Von der Heiliglandfahrt zur Hofreise (2005) ; Heyden/Lissek (dir.), Jerusalem am Thunersee (2021) ; Dictionnaire historique de la Suisse. Schloss Thun, Schlossberg 1, 3600 Thoune · schlossthun.ch